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Mes chers frères et sœurs, nous sommes tous ici réunis afin de discuter de cet infect fléau, de ce vil rejeton des entrailles de l’enfer, de ce suppôt maléfique de dieux innommables et qui incarne à lui seul tout ce que l’univers peut concentrer d’abject et de répugnant. Oui! Vous l’avez reconnu :  Le Voisin!  Cet éternel écornifleur, ce disciple de la tondeuse à gazon qui pratique son art le samedi matin à l’aube et dont les enfants entonnent leurs premiers accords de Heavy Metal sur une guitare électrique mal ajustée à toute heure du jour. De ce fait, il vous privent de votre sacro-sainte quiétude. Oui, implorons le Seigneur pour qu’il nous montre la voie à suivre afin de mettre fin à son joug infernal…!

C’est joli n’est-ce pas? Un brin mélodramatique. Mais joli…non?

Il existe, selon moi, quatre types de voisins :

1— Le parfait : celui que vous vous surprenez à vous demander s’il ne serait pas mort tellement vous ne l’entendez ni ne le voyez jamais ou encore, son frère de sang, celui qui est affable et d’une gentillesse sans failles auquel vous seriez à l’aise de demander un service.

 

2— L’usuel ( de son nom scientifique : le « Voisinus Communus ») : Celui dont les travers vous tapent parfois sur les nerfs et qui vous pousse à l’occasion à bout par son je-m’en-foutisme apparent, mais qui possède tout de même de bonnes dispositions. Nous côtoyons tous ce voisin au jour le jour.

Justement! Parlons du mien : lorsqu’il déblaie son entrée de garage avec sa souffleuse avant que je n’aie pu m’attaquer à la besogne, il s’assure de ne pas déplacer le moindre flocon de neige situé de mon côté. Même que je le soupçonne d’utiliser un mètre à mesurer lorsque je ne regarde pas, afin d’être certain qu’il ne soit pas surpris dans l’odieuse position de me rendre service. Au début, je trouvais ça franchement grave. Surtout lorsque je ne possédais pas de souffleuse à neige et qu’il me regardait m’éreinter à la pelle sans dévier d’un iota de sa trajectoire. Il faut dire que mon orgueil m’empêchait de lui demander ce service que j’aurais cru naturel entre bons voisins ( Ouais, mais ça c’est une autre histoire…). Cependant aujourd’hui, lorsque je le vois à l’œuvre, j’en ris. En contrepartie, je dois vous dire que je me trouve chanceux l’été venu, car il se transforme en voisin de type 1 que l’on ne voit jamais dans sa cour.

3— Le martyr : Celui qui se croit de type 1 et qui est totalement intolérant envers les autres alors qu’il refuse de prendre en considération ce qu’il leur fait subir lui-même. La victime autoproclamée qui se croit attaquée dès que vous lui dites gentiment qu’il vous empêche de dormir lorsqu’il fait fonctionner sa laveuse à linge à 3 heures du matin ou lorsqu’il écoute la télé à un niveau sonore élevé la nuit dû à son insomnie, mais qui se plaint du bruit que vous faites dès que vous recevez pour souper des amis ou de la famille. Usuellement, une plainte en bonne et due forme au syndicat de copropriétaires ou au 9-1-1 le ramènera sur le plancher des vaches et lui fera réaliser la déviance de son comportement.

4— Le monstre : Eh bien! Si ce n’est qu’il est l’incarnation même de ma description en début de ce billet et qu’il est un irréductible égoïste asocial, vous ne lui trouverez jamais de bon côté. Le fait qu’il respire est pour vous un véritable supplice et votre seul recours contre ce dernier sera de nature juridique et vous poussera peut-être à faire appel aux services de votre courtier pour vous reloger dans un lieu plus adapté à votre style de vie. Rassurez-vous, ce type de voisin est plutôt rare, car il a tendance à faire l’unanimité autour de lui et à rendre les autres voisins solidaires dans l’utilisation de méthodes visant à le ramener sur terre. Hélas, ce type de voisin comprend rarement à la première semonce. Il faudra user de persévérance pour en venir à bout. Si, évidemment, vous avez l’énergie nécessaire pour le faire.

Le bon voisinage c’est aussi choisir entre le moindre de deux maux.

À ce titre, j’avais une voisine très gentille de type ‘écornifleuse’ qui m’appelait lorsque ma voiture était mal garée pour m’avertir que j’allais me taper un ticket vu que la période d’interdiction de stationnement était sur le point de débuter. En échange de quoi, j’acceptais de prendre le temps nécessaire pour écouter son blabla sur le voisinage et sur la médiocrité de la vie en général.

Autre exemple que vous subissez peut-être : le chat de votre voisin vient pisser dans vos fleurs. Ce dernier, votre voisin et non pas son chat, s’occupe religieusement de l’entretien de votre copropriété. Au lieu de l’engueuler concernant les mauvaises habitudes de son chat et créer un froid qui aura des répercussions sur votre qualité de vie, pourquoi n’iriez-vous pas chercher du repousse-chat à la quincaillerie? Vous en saupoudrez un peu partout et puis, plus de pipi dans vos fleurs. Cela vous aura coûté 10 $ et vous aurez la paix. Cependant, j’ai bien dit et je le répète : « Repousse-Chat » et non pas : « Mort au rat…! »

En gros, sachez relativiser les défauts apparemment insupportables de vos voisins quand ils sont mineurs et compenser par ce qu’ils vous apportent de bien. Ne calculez pas en fonction d’une balance où les deux poids doivent être en équilibre. Mettez de côté le « oui, mais moi… ». Je sais, je sais, vous êtes un ange… Mais si vous vous acculez à détester sans commune mesure votre voisin, il ne vous restera que trois options :

— Être malheureux chez vous tant que votre voisin sera présent

— Engager les hostilités/entreprendre des actions légales

ou

— Vendre et déménager afin de trouver la paix ailleurs.

Hélas, il ne se donne pas de cours de civilité ou de bon voisinage. Tout s’apprend sur le tas. La plupart du temps, lorsque l’on prend un peu de recul, on arrive toujours à un compromis même avec un voisin de type 4. Il faut savoir mettre un peu d’eau dans son vin. Parfois le diluer complètement. Mais à moins de vous isoler en installant vos pénates dans un coin perdu dans les bois, vous aurez à côtoyer des voisins de tous les types toute votre vie. Je ne vous dis pas de vous en faire des amis, mais tout simplement d’être réaliste dans vos attentes envers eux et de faire la part des choses. Choisissez, lorsqu’il est question de vos voisins et que vous pouvez le faire, d’opter pour le Ciel plutôt que de vous lancer dans une croisade qui vous ferait entrevoir l’Enfer.

Ah, ha! Je le savais! Je vous laisse, car je suis certain d’avoir aperçu, à l’aide de mes longues vues que je garde toujours sur le coin de mon bureau, mon voisin sortir un mètre à mesurer de sa poche. Mais… où ai-je bien pu laisser mon appareil photo…!?

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